Esprit Kobudo

Les notions, ces vérités globales, sont autant de graines semées sur le chemin qui mène au “Dô”. Si les graines tombent sur un sol dur, elles ne germeront jamais. II est primordial de préparer le terrain en abordant l’étude du Kobudô.

La seule manière d’étudier un Kobudô avec quelque succès, je dis bien la seule, en pesant mes mots, c’est de le faire avec une attitude composée des cinq éléments suivants :

  1. Patience
  2. Confiance
  3. Humilité
  4. Souplesse d’esprit
  5. Disponibilité.

À moins qu’elle ne se transforme en cours de route, toute autre attitude conduit à l’échec. Cette attitude idéale est exprimée à travers la notion appelée Jûnan (ou Nyûnan) : flexible ; Shin : esprit. Ce sera sur les cinq éléments qui la composent que se porteront tout d’abord les corrections de l’enseignant. Permettez-moi de m’étendre un peu sur l’importance de ces éléments.

L’impatient s’est déjà inconsciemment fixé un but et le temps qu’il mettra à l’atteindre.   Le regard fixé sur ce but imaginaire, il ne pourra prêter attention à l’endroit où se posent ses pas. II foulera aux pieds les graines semées sur son passage. II n’aura pas la patience d’attendre qu’un certain travail se fasse en lui. II voudra des résultats rapides. II lui faudra vaincre son impatience et apprendre à marcher simplement, sans s’occuper du chemin parcouru, ni du but à atteindre mais en concentrant son attention sur l’instant présent  (Ichi go Ichi e).

Le sceptique aborde la discipline en la jugeant constam­ment sur la base des connaissances qu’il a acquises dans d’autres domaines. II décortique tout et, s’il ne comprend pas, doutera. Doué d’un esprit très logique, il n’acceptera pas, ou seulement avec réticence, ce qui n’est pas vérifiable. Son scepticisme l’empêchera de progresser. II lui faudra apprendre à faire confiance à son enseignant et à la disci­pline qu’il a choisie. On ne peut rien prouver en Kobudô. On y acquiert soi-même ses convictions et seulement pour soi-même.

L’orgueilleux, imbu de ses grandes qualités, va trouver diffi­cile d’admettre qu’il n’y connaît rien. II se sent à l’étroit dans sa peau de débutant. II cherchera à justifier ses erreurs ou ses défauts. Son ego dressera des obstacles quasiment insurmontables sur le chemin de sa progression. II lui faudra accomplir un énorme travail sur lui-même pour réaliser qu’il n’est pas le centre du monde mais un simple voyageur, ignorant, comme beaucoup d’autres, qu’il est à la recher­che de lui-même.

L’entêté sera tout d’abord servi par son trait de caractère. II foncera sur le chemin du Dô sans trop regarder où il va. Mais quand vient le temps des remises en question, son esprit grincera, peu habitué à la mobilité. II ne se résignera qu’avec difficulté à marcher dans une direction différente de celle qu’il avait jugé bonne car il ne peut marcher qu’obstinément. Mais si c’est avec la même obstination qu’il se met à faire des efforts pour se libérer de cette rigidité d’esprit, alors rien n’est perdu. D’erreurs en déceptions, d’échecs en défaites, son esprit meurtri s’assouplira et s’accommodera des brusques changements de direction que nous réservent les voies du Budô.

L’indisponible abordera une discipline avec ce genre de langage : « Je veux bien commencer (sous-entendu, pour vous faire plaisir !) mais je ne pourrai venir qu’une fois par semaine (sous-entendu : je ne connais rien du travail à effectuer mais voici mes conditions !) car j’ai d’autres obligations, etc. ». Le Kobudô exige beaucoup de temps et de travail. Ce personnage affairé devra vite faire des choix. On ne peut pratiquer sérieusement le Kobudô une fois par semaine. C’est quotidiennement qu’il faut s’entraîner et deux à trois fois par semaine sous la direction d’un enseignant. La participation aux stages et la vie du groupe mono­polisent une grande partie des loisirs d’un individu. L’indisponibilité reste un problème majeur et la principale cause de défection.

Pour résumer, lorsqu’on décide d’entreprendre un voyage dont le but est la compréhension de la vie et la découverte de soi-même à travers le Kobudô, il faut prendre le temps, avoir une grande capacité d’adaptation, mettre humblement sa confiance toute entière dans le guide que l’on a choisi et avancer patiemment, pas à pas, attentif et réceptif. Toutes ces qualités sont comprises dans l’attitude Jûnanshin. Il est primordial qu’elles soient mises en exergue dès le début car elles sont indispensables jusqu’à la fin du voyage.

Pascal Krieger
Extrait de “Jodô la voie du bâton”

 



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